Comparé à la Loue dont il est le confluent, le Lison, à peine long de quelques kilomètres, fait de prime abord figure de petite rivière. Il n'a cependant rien à envier à sa voisine. Sa source, son cours capricieux réunissent l'un des plus beaux ensembles de curiosités naturelles du massif du Jura.

Né dans la forêt de Scay, le Lison dévale en torrent et se perd tout à tour, abandonnant une vallée étrangement déserte. La vallée se transforme bientôt en gorges, franchies par le Pont du Diable. Et non loin, dans le cirque du Creux Billard, en saison de pluie, tombe une cascade ; en période sèche, ce vaste puits d'effondrement, profond de plus de 50 mètres, laisse deviner des suintements au front de ses parois. Par une brèche s'échappe le filet d'eau descendu de la combe du Lison-du-Haut. Les eaux disparaissent dans le chaos qui obstrue le fond du Creux. La communication entre le Creux Billard et la source du Lison a été tragiquement établie en 1889, par suite de la chute d'une jeune fille dans les interstices du chaos ; son cadavre déchiqueté fut rejeté par la résurgence qui, au fond de sa reculée, jaillit dans un cadre verdoyant. Dominé par des falaises, l'impétuosité et le débit du Lison valent ceux de la Loue. Sur le coté de sa source, une grotte dans la grotte, munie de rampes et de marches mène à la Chaire à prêcher d'où l'on aperçoit le gouffre noyé, profond de 8 mètres, par lequel le Lison surgit.

En aval de la résurgence, l'oeil est attiré par les proportions insolites d'une nouvelle grotte perçant l'à-pic dela rive gauche du Lison. Ce porche, haut de 90 mètres, est l'un des trois plus importants de France. La grotte Sarazine qui le prolonge a été explorée sur 3770 mètres. Un légende locale veut voir dans cette cavité le «manteau de Roland». Mais il semble que cela soit dû à une confusion de mots au Moyen-Age entre «espale», le manteau et «espalle», la caverne.

Le Lison, court, clair et jaseur, au milieu des cailloux, entre dans des rives doucement ombragées, puis traverse le bassin de Nans-sous-Sainte-Anne. Cette petite agglomération, cernée de forêts de sapins et d'épicéas, a conservé le manoir renaissance où Mirabeau se réfugia lorsqu'il s'évada du Château de Joux - il y enleva Sophie de Ruffey, marquise de Monnier, sa jeune maîtresse ; une aventure romanesque qui lui coûta, sinon sa tête, du moins une longue incarcération au donjon de Vincennes -. Après ce répit, le Lison s'enfonce de nouveau dans des gorges, canyon profond dépourvu d'accès qui emprisonne le torrent et le conduit à la Loue.

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