De toutes les vallées jurassiennes, celle de la Loue est sans doute la plus pittoresque et peut-être la plus belle. Rien d'étonnant à ce qu'elle ait été aimée des peintres et des artistes. Presque impénétrable jusqu'au haut Moyen-Age, elle fut découverte et défrichée par des moines. Les seigneurs rivalisèrent ensuite pour y imposer leur domination, et certains y établirent leur résidence d'été ; les comtes de Bourgogne s'installèrent à Ornans. Les fantaisies de cette vallée aux soudains détours, la glissade des eaux en rapides, la multitude des merveilles qui jallonnent ses rives attirent à la Loue les fervents de canoë auxquels, de Mouthier-Haute-Pierre jusqu'à sa rencontre avec le Doubs, elle offre un parcours plein d'attraits.
La source de la Loue est l'un de ces «grands spectacles» de la nature chers aux poètes romantiques. Dans le cadre d'un cirque rocheux, «l'oeil de la Loue» se révèle en effet comme un coup de théâtre : sous une imposante voûte de pierre surgit un flot impétueux et limpide. Les eaux jaillissent de terre, s'écrasant avec violence de toute la hauteur des six strates géologiques qui servent d'assise à ce bout-du-monde. Dressée à 100 mètres, la falaise multiplie les échos de ce vacarme et la roche elle-même semble vibrer.
Il est dans ce site une sorte de secret que la légende s'est approprié puisqu'elle en a fait le domaine de la Vouivre. Mais, à l'heure actuelle, l'origine des eaux de la Loue a perdu de son mystère. On n'ignore plus qu'il s'agit d'un soutirage conjoint du Drugeon et du Doubs. Cette communication avec le Doubs fut décelée au cours d'une expérience aussi célèbre qu'involontaire. Le 11 août 1901, la foudre s'abattant sur l'usine Pernod à Pontarlier, provoqua un incendie qui fit exploser les réservoir d'absinthe. Le surlendemain, la Loue prenait l'odeur et la couleur du Pernod. La capture du Doubs par la Loue était démontrée. En 1910, 100 kg de colorant vert jetés par E.A. Martel dans un puits ouvert dans le lit du Doubs, en aval de Pontarlier, coloraient à leur tour la Loue, prouvant ainsi l'existence d'une fissuration souterraine étalée sur 15 à 20 km. Des recherches ultérieures ont apporté des précisions sur le tracé de ces aqueducs souterrains.
Après une naissance aussi spectaculaire, la Loue tient ses promesses. Jusqu'à Mouthier-Haute-Pierre, sur environ 6 km, elle roule de cascade en casscade, emprisonnée entre deux murailles hautes de plus de 200 m, les superbes gorges de Nouailles.
Au-delà de Mouthier, la vallée commence à changer de visage. Après les reliefs tourmentés, la Loue s'assagit pour aborder les bourgs de Lods, Vuillafans et Montgesoye puis Ornans qui règne en reine sur la rivière. Majestueuse, la Loue traverse la petite ville d'un bief calme entre deux lignes de maisons sur pilotis.
En aval d'Ornans, le Loue s'est gravé un lit, tout de méandres. Les murailles entre lesquelles elle serpente demeurent hautes, mais sans apreté. Elle forme de ses eaux tranquilles des lac comme le «miroir de Scey», puis dirige en core sa course vers l'Ouest enfin, après s'être enrichie du Lison, elle reprend sa direction première. Le Doubs n'est plus très loin et pourtant le relief la détourne brutalement vers le Sud au niveau de Quingey. Ce n'est qu'à Port-Lesney, au contact de la plaine, qu'elle semble accepter son destin pour approvisionner le Doubs.
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