«Pour peindre un pays, il
faut le connaître. Moi, je connais mon pays, je le peins. Ces sous-bois,
c'est chez nous ; cette rivière, c'est la Loue ; allez-y
voir, et vous verrez mon tableau.»
Nul, en effet, ne sut mieux que Gustave Courbet restituer la beauté
champêtre, le charme profond de ce coin du massif du Jura. Ses paysages
de la Loue, du Puits Noir,
ses sous-bois qu'habitent chevreuils et cerfs respirent les parfums des
arbres et des eaux. Traductions intimes d'une nature avec laquelle le peintre
a toujours su garder le contact. Par-delà les vicissitudes d'une
existence agitée, par-delà les tumultes de sa propre personnalité,
il parvint à exprimer le calme et la douceur des horizons de sa province.
Certes, il les connaissait fort bien. Né à Ornans en 1819, fils de gros propriétaires terriens, Jean Désiré Gustave Courbet choisit très tôt la peinture, renonçant à la carrière du notariat à laquelle il était destiné. Ce qui l'intéressait en matière picturale : la réalité. «Etre à même de traduire les moeurs, les idées, l'aspect de mon époque, selon mon appréciation ; être non seulement un peintre, mais encore un homme ; en un mot, faire de l'art vivant, tel est mon but.» L'univers de son enfance, sa famille lui apportèrent une matière inépuisable. Mais ses oeuvres déchaînèrent des tempêtes. Elles choquaient à la fois les classiques, fidèles disciples de Monsieur Ingres (qui disait de Courbet : « C'est un oeil »), et les romantiques, fougueux partisans de Delacroix.
L'une des plus célèbres de ses
toiles, l'Enterrement à Ornans (1849), traduit les trois inspirations
qui animèrent l'artiste tout au long de sa vie : le réalisme,
la révolte contre un certain ordre établi et un sens aigu
de la nature. C'est là un véritable manifeste : paysans,
bourgeois, membres du clergé n'ont pas de visages mais des trognes,
des têtes de faux-témoins, des expressions troubles, ou pas
d'expression du tout.
Plus tard seulement, la révolte se fit politique. En 1871, Courbet prit part à la Commune et proposa de faire déboulonner la colonne Vendôme - ce qui lui valut, lors de la répression d'être tenu responsable de cette colonne -. Frappé par le conseil de guerre de six mois de prison et 500 francs d'amende, interné à Sainte-Pélagie, il fut en outre condamné à rembourser les 323 000 francs-or qu'allait coûter la remise en place de la colonne. Ruiné, ne pouvant plus exposer car le Salon lui retournait ses toiles sans examen, le peintre s'exila en Suisse où prés verdoyants et eaux vives lui rappelaient son sol natal. Il mourut dans la misère à La-Tour-de-Peilz, près de Vevey, en 1877.
«Moi qui crois que tout artiste doit être son propre maître, je ne puis pas songer à me constituer professeur.» Et pourtant on fit de lui le chef de file de l'«école réaliste», oubliant souvent qu'il ouvrit en fait la voie à l'impressionnisme. Son oeuvre, maudite en son temps, a acquis aujourd'hui une juste notoriété. Et rares sont ceux qui visitant le massif du Jura, n'effectuent pas un pélerinage dans le pays de Courbet.
A Ornans, on peut encore voir la maison où naquit l'artiste - dont
la tombe est au cimetière -, l'atelier où fut composé
l'Enterrement à Ornans et ce qui fut son dernier atelier.
Une salle de l'hôtel de ville abrite le musée Courbet , qui renferme quelques
toiles, dessins et souvenirs du maître d'Ornans. A l'extérieur
du musée, le panorama renouvelle ce «bois de Courbet avec sa
pénombre verte, ses sombres feuillages étendus sur les cailloux
et les ruisseaux», comme le souligne Elie Faure.
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